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Les objectifs de la CIEAEM
Dès sa création en 1950, la Commission Internationale pour l’Etude et l’Amélioration de l’Enseignement des Mathématiques (CIEAEM) eut pour intention d’étudier l’état présent et les possibilités d’améliorer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage des mathématiques. Les rencontres annuelles, moyens essentiels pour atteindre cet objectif, sont caractérisées par des échanges et des dialogues constructifs entre chercheurs et enseignants dans tous les domaines de la pratique. Dans ces activités, la Commission suit l’esprit et les traditions humanistes des fondateurs de la CIEAEM qui souhaitaient intégrer l’objectif scientifique à la conduite de la recherche sur l’enseignement des mathématiques pour améliorer cet enseignement. Par une nouvelle éducation mathématique, ils espéraient arriver à une société où les gens seraient capables d’utiliser le raisonnement mathématique et ses outils pour agir rationnellement et développer une pensée critique en tant que citoyens et futurs scientifiques.

Une telle perspective humaniste devait protéger autant contre les attitudes technocratiques que contre les aveuglements idéologiques.

Le mathématicien, pédagogue et philosophe, Caleb Gattegno, de l’Université de Londres, est le père spirituel de la CIEAEM et son créateur. Mais il y eut aussi, au début, deux éminentes personnalités qui dirigèrent et déterminèrent le travail de la CIEAEM dans les dix premières années: le Français Gustave Choquet, mathématicien (et président) et le Suisse Jean Piaget (vice-président), psychologue et épistémologue, soutenus par Caleb Gattegno, secrétaire. Choquet amena dans la discussion l’idée d’une réforme guidée par la restructuration de l’“architecture” mathématique. Piaget présenta ses fameux résultats de recherche sur la connaissance et apporta un nouvel aperçu dans les relations entre structures opérationnelles mentales-cognitives et développement scientifique des mathématiques. Gattegno tenta de relier la nouvelle méta-théorie mathématique à la recherche en psychologie par une synthèse philosophique et pédagogique, et tenta d’établir des rapports avec l’enseignement des mathématiques comme avec une grande partie de l’enseignement en général. Très vite, les rencontres mirent en contact des européens, mathématiciens et enseignants de l’école secondaire ayant des intérêts communs , prêts à partager des points de vue et des expériences dans l’intention d’améliorer l’enseignement des mathématiques.

DES “MATHS MODERNES” AUX “MATHEMATIQUES POUR TOUS”

Les mathématiciens Artin, Dieudonné, Papy et Servais furent les grandes figures de référence de la Commission pendant les années 60 et 70. Ils plaidèrent pour une modernisation de l’enseignement des mathématiques et une restructuration totale des mathématiques à l’école depuis le jardin d’enfants jusqu’à l’université. Le débat, au sein de la CIEAEM, s’orienta vers une reformulation et une réorganisation des contenus mathématiques des programmes ou des lignes directrices selon les idées et méthodes principales des Maths Modernes. Leurs idées devinrent très influentes dans les discussions européennes et internationales du “Nouveau Mouvement Mathématique”et leurs écrits parurent dans de nombreuses publications de l’UNESCO ou de l’OCDE. Toutefois, des controverses surgirent au sein de la CIEAEM, surtout quand il devint évident que les réformes politiques ne changeaient que, superficiellement, par la terminologie, sans tenir compte des nouvelles demandes des mathématiques, ni des nouveaux contextes sociaux, ni des nouvelles conditions d’enseignement et d’apprentissage. Dans les années 70 et 80, la CIEAEM prit une orientation nouvelle sous l’influence d’Anna Sofia Krygowska, professeur et mathématicienne polonaise, d’Emma Castelnuovo, pédagogue italienne, de Claude Gaulin, professeur canadien et de Hans Freudenthal, mathématicien hollandais. Ces derniers essayèrent de rompre le “noble isolement”des mathématiques et leur orientation vers les seules mathématiques pures, pour les rapprocher des autres sciences, de la réalité sociale et de la pratique sociale des mathématiques. C’est grâce à leur initiative que les thèmes des rencontres de la CIEAEM furent formulés et perçus de plus en plus en termes de transdisciplinarité et d’interdisciplinarité: les “Mathématiques pour tous” devinrent alors un thème incontournable et c’est à cette époque que les rencontres de la CIEAEM prirent l’ampleur de forums internationaux.

L’ENSEIGNEMENT DES MATHEMATIQUES EN TANT QUE DISCIPLINE SCIENTIFIQUE ET EXERCICE DE REFLEXION

L’extension de la scolarité obligatoire et l’augmentation de la population scolaire dans le secondaire changèrent les conditions d’enseignement et d’ apprentissage des mathématiques en suscitant un intérêt croissant pour la recherche en didactique des mathématiques. L’influence s’en fit sentir dans le choix des thèmes et des contributions aux rencontres de la CIEAEM, lesquelles devinrent plus attractives, non seulement pour les européens , mais gagnèrent aussi une plus large audience auprès des collègues des pays non industrialisés et socialistes, et ceci tant au primaire qu’au secondaire. Dès les années 80, le nombre des participants et la diversité des pays représentés à la CIEAEM augmentèrent. Conjointement, la pertinence des thèmes et la qualité des présentations et des discussions s’améliorèrent beaucoup, particulièrement sur le plan de la collaboration entre praticiens et chercheurs. Quelques 400 participants venant de 35 pays du monde entier considèrent aujourd’hui les rencontres de la CIEAEM comme des évènements importants. Les développements effectués dans la didactique des mathématiques en tant que discipline scientifique,ainsi que les réflexions au sein de la CIEAEM changèrent les sujets et les thèmes des rencontres,les champs de recherche et les débats. En évitant de se focaliser uniquement sur un contenu et des questions méthodologiques, on put aborder des problèmes s’étendant plus largement à des questions d’épistémologie,de psychologie, de sociologie et de technologie. On consacra plus d’énergie, entre autres, à l’étude des conditions du milieu éducatif,(interaction,évaluation et coût), aux problèmes liés aux nouvelles technologies, à leurs implications dans les contenus des programmes et à leur influence dans l’environnement scolaire.

LIENS FORTS ENTRE SAVOIR ET EXPERIENCE DANS LA CIEAEM

Dès le début, des liens forts entre théorie et pratique se sont créés au coeur de la CIEAEM, renforçant la collaboration entre chercheurs en didactique des mathématiques et praticiens de l’enseignement. C’est ce qui fait l’originalité de la CIEAEM et que l’on retrouve dans tous ses travaux et toutes ses rencontres. Pourtant, on constate fréquement, dans de nombreux pays, une séparation croissante entre praticiens et chercheurs, de même qu’entre mathématiciens et enseignants. Les politiciens trouvent cette situation opportune et tirent parti de ces divisions pour minimiser leurs aides à l’éducation. En réponse à la globalisation économique, il y a une tendance à vouloir standardiser des programmes pour des pays économiquement liés afin de pouvoir les confronter les uns aux autres. La CIEAEM pourrait prendre une position forte pour aider à améliorer aussi bien la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage que la recherche en didactique des mathématiques. Dans cette même optique, elle pourrait aussi aider à protéger d’autres organisations académiques par rapport à l’anti-intellectualisme sous-jacent de certaines politiques gouvernementales.

SPECIFICITES DE LA CIEAEM

La particularité des rencontres de la CIEAEM tient en 4 points: les thèmes, les activités spécifiques, la composition des groupes de participants et les deux langues officielles utilisées parallèlement dans toutes les activités: anglais et français. Les différentes manières de travailler et de délibérer, ainsi que la possibilité de s’exprimer en français et en anglais , contribuent à créer et à faciliter les échanges et les débats aux rencontres ainsi qu’à mettre en relation des contributions individuelles ou collectives dans le cadre d’une coopération à long terme. Dans l’atmosphère amicale et stimulante des rencontres de la CIEAEM, de nombreux projets communs ont démarré, ont été encouragés et se sont poursuivis bien après les rencontres.

La CIEAEM est une organisation affiliée à ICMI (International commission on mathematical instruction) depuis 2010.